Focus sur la 4ème Edition des caravanes de sensibilisation sur les Centres de Gestion Agréés des PME

L’Association des Entrepreneurs du Cameroun (AEC) revient sur les points saillants des assises de travail tenues à Ngaoundéré du 23 au 24 juillet 2019.

 

Entrepreneuriat : une vision à large spectre d’action

Par Christian AMARAND

Plus de 10 000 PMEs adhérant aux Centres de gestions agrées (CGA) en 2019 à travers le triangle national. La Caravane de sensibilisation des PMEs a fait ses émules entre temps. Depuis le 27 juillet 2019, les pouvoirs publics par l’entreprise du Ministère des Petites et Moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA) continue d’être sur tous les fronts pour dynamiser l’écosystème des PMEs. Après un séjour dans la partie septentrionale du pays (Garoua : 27 et 28 juin 2019, Maroua (en 2018) et Ngaoundéré : 23 et 24 juillet 2019), où l’Association des entrepreneurs du Cameroun (AEC) a été conviée, le MINPMEESA s’est fait une idée exacte des questions qui préoccupent les entrepreneurs de cette partie du pays.

Bien que sous ce ciel, comme partout d’ailleurs au pays, au cours des trois autres éditions précédentes des Caravanes de sensibilisation des PMEs pour adhérer aux Centres de gestions agrées (CGA) à travers le pays, l’horizon n’est pas resplendissant. Il n’en demeure pas moins que les besoins des entrepreneurs requièrent des remèdes efficients. Car, restent constantes des attentes identiques : un climat des affaires propice pour laisser prospérer des initiatives à forte valeur ajouté. Dans ce dossier que nous réalisons, nous aimerons jeter les jalons d’un décollage qui s’appuie sur les expériences, la vision des pouvoirs publics, les contingences du marché avec la dictature de l’offre et de la demande et les réalités inéluctables que vivent les entrepreneurs du Cameroun, peu importe les lieux où ils choisissent d’investir, face aux opportunités et aux facilités qui leurs sont offertes.

Quid des Centres de gestion agréés, les instruments de taille aux mains des entrepreneurs ?

Par Christian AMARAND

Les impacts attendus de la mise en place de ces centres par le gouvernement depuis 1997, va au-delà d’offrir des avantages fiscaux substantiels offerts aux entreprises adhérentes. Ces organismes privés sous forme associative ont d’abord pour mission d’améliorer la compétitivité des TPEs et des petites entreprises sur l’étendue du territoire national dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur ou égal à 100 millions de FCFA.

Pour ce faire, la démarche des pouvoirs publics vise à faire des CGA un maillon important dans la création de richesses et porteur de croissance. Ainsi, environ 2 000 acteurs économiques devraient migrer par an du secteur informel vers l’économie formelle. Ce qui, à en croire les pouvoirs publics, permettra l’accroissement fiscal et le reclassement de plusieurs entreprises adhérentes à un régime d’imposition supérieur. L’amélioration de la structuration des TPEs et petites entreprises, de la traçabilité des activités des PME adhérentes constituent pour l’instant l’un des chantiers auquel il faudrait instamment donner du tonus. C’est un moyen comme un autre pour la réduction de la pression fiscale.

Selon les prévisions, la plus-value serait le redressement fiscal auprès des entités économiques adhérentes aux CGA. L’amélioration de la crédibilité des acteurs économiques auprès des institutions financières et des organismes d’appui aux PMEs serait la suite logique. Car, in fine, et c’est ce qui pose beaucoup de soucis aux promoteurs, une voie royale pour l’accès facilité au financement des projets et initiatives.

Le poids des impôts

Par NTYAM NKOTO LYDIE

Des incitations à l’investissement existent depuis un certain temps via l’APME et l’API. Il n’en demeure pas moins, que d’autres initiatives demeurent nécessaires.

Image forte et saisissante, lors de la visite d’Achille Bassilekin III, MINPMEESA, lors de sa tournée septentrionale qui est restée dans l’esprit des entrepreneurs rencontrés : « l’Etat fait beaucoup, mais pas assez ». Sauf qu’ici, tout le monde n’est pas au fait des initiatives qui, si elles sont bien assimilées, pourraient être bénéfiques sur la durée. Des démembrements de l’APME existent certes, un peu partout, mais les entrepreneurs ne sont pas suffisamment informés. Lors des échanges informels qui ont eu lieu en marge de la visite du ministre en charge des PME, il ressort que le poids des impôts demeure lourd à porter.

Peut-être, parce qu’ils ne sont pas suffisamment bien renseignés ou tout simplement que les entrepreneurs, avant de se lancer ne mesurent pas suffisamment l’envergure des établissements qu’ils mettent en place sans doute. Car, le régime sur lequel on aimerait mettre sa PME devait tenir compte de sa croissance et de ce qu’elle va représenter dans l’avenir. Aujourd’hui, plus de la moitié des entreprises qui naissent dans notre pays, meurent deux ans après. Pour bien des cas : à cause des charges fiscales pas bien assimilées.

L’avènement des Centres de formalités et de créations d’entreprises (CFCE) est venu répondre à nombre de préoccupations. C’était : le tout en un. Fini les tracasseries pour légitimer un projet qui tient. En moins de 72 heures, votre entreprise est créée clé en main. Y compris avec toutes les démarches administratives et judiciaires qui vont avec. Cela a permis d’ailleurs, en son temps que notre pays gagne quelques places dans le classement « Doing Business ».

 

Climat des affaires : Des incitations à améliorer

Par NTYAM NKOTO LYDIE

Les centres de gestions agrées sont des structures qui accompagnent les PMEs et PMIs dans leurs activités de gestion comptable, financière et administrative.

Ils procèdent par une stratégie d’encadrement de proximité et de formation à la carte. Ce sont donc des solutions essentielles pour le développement de l’esprit entrepreneurial auprès des jeunes camerounais dans divers secteurs. En effet, les caravanes organisées par le ministère des PMEs représentent de formidables opportunités pour tous les entrepreneurs. À ce propos, le climat des affaires n’étant pas assez incitatif, les associations des entrepreneurs ont posé aux pouvoirs publics ces problèmes récurrents du temps à mettre à la création d’entreprise. Il serait assez long pour certains. Surtout, ceux qui sont dans les zones rurales, dans l’arrière pays. Les commodités sont donc contraignantes pour se déplacer d’ici à là.

Le volet création d’entreprise étant résolu jusqu’ici, il reste la sempiternelle question de l’assiette fiscale. Elle serait trop élevée au goût de bon nombre. Ce qui justifierait le taux de mortalité assez élevé de ces entreprises naissantes qui ont pourtant bravé avec brio l’étape du business plan. Un plaidoyer des organisations patronales et professionnelles des PMEs en vue de réduire cette assiette fiscale difficile à supporter par les promoteurs a donc été fait. Dans la foulée, l’Etat a consenti à ces doléances. C’est ce qui a expliqué l’avènement des centres de gestions agrées dont 14 existent en ce moment sur l’ensemble du territoire national. Ainsi, les avantages des CGA, pour tout adhérent, vont au-delà d’une exonération de patente de deux années. Bien plus, une exonération de 50% des impôts à payer pour toute l’année. De même qu’un suivi de la gestion comptable et financière de ces PMEs.

Les leçons de la rencontre de Ngaoundéré

Par NTYAM NKOTO LYDIE

200 participants à l’ouverture et plus de 100 PME présentes

Des recommandations ont été faites. Il appartient aux décideurs de donner des réponses en temps utile.

À l’occasion de la récente caravane de sensibilisation sur les CGA, il a été l’occasion de mesurer le processus de formalisation de notre économie. Car, les CGA se positionnent comme l’interlocuteur majeur des PME auprès de l’administration fiscale. L’objectif ultime recherché étant de favoriser la mise en place d’un environnement propice au développement des unités de production formelles et performantes. De l’avis de Achille Bassilekin III, « soutenir l’adhésion des PMEs aux CGA, est un enjeu gouvernemental de croissance ». Dans les faits, lors de la dernière caravane, l’on a pu observer pour la région de l’Adamaoua, un seul CGA installé dans les locaux de la CCIMA. Le seul centre de gestion agrée logée dans l’enceinte de la Chambre de commerce n’est pas à même de contenir l’ensemble des entreprises de la région. Cet état des choses a fait dire aux responsables qu’il y a urgence à combler ce vide. D’autres Centres de gestions agréés, s’ils étaient créés dans la foulée, apporteraient une plus value dans l’écosystème entrepreneuriale de cette région.

Autre recommandation : les entrepreneurs locaux ont insisté sur le démembrement de la banque des PMEs sur leur territoire. Le vent de la décentralisation en cours devrait être selon eux celui des établissements qui donnent accès aux financements. Ce n’est pas une requête exclusive de la région Château d’eau. C’est celle de toutes les régions. Une autre recommandation a consisté pour sa part à accorder une préférence locale aux prestataires de la région. Constat étant fait, dans la commande publique, la préférence aux entrepreneurs locaux a été le plus souvent de moindre recours. Ce qui, expliquent les entrepreneurs locaux ne permet pas de dynamiser l’écosystème entrepreneurial local. Et par l’occasion, permettre aux promoteurs locaux de mieux investir sur leur localité.

Or, constat fait, dans le fonctionnement des CGA, plus vous avez d’adhérents, mieux vous vous portez. Car, ces entités ne vivent que du nombre de ses membres. Plus vous avez des promoteurs qui croient à la force de groupe, plus vous aurez les moyens d’exister et fonctionner. L’appui conseil du CGA pour les entreprises adhérentes est une caution supplémentaire, voire un gage de fiabilité dans la gestion desdites entreprises. Il s’agit notamment des documents comptables qui respectent l’orthodoxie et donc fiables. D’autre part, c’est également un moyen de réduire les charges sociales. Dans ce cas, au lieu de recruter un comptable, ils le font sur place. Au final, la PME obtient un accès facile au financement, l’amélioration de sa crédibilité et la réduction significative de la pression fiscale.

Le pari de la croissance

Par Styve TCHACHUANG

Styve TCHACHUANG, Président de l’Association des Entrepreneurs du Cameroun

Les exégètes et autres puristes de la croissance économique, invitent, lorsqu’ils trouvent tribune à leur mesure, la tempérance, l’efficience et l’anticipation pour toute activité humaine. C’est de leur droit. Ils parlent ainsi ex cathedra. Chez nous aussi, ces idées tiennent la route. Le monde étant devenu un village planétaire, nul ne peut vivre en autarcie. Les avancées fulgurantes des technologies de l’information et de la communication ont eu sur le coup un pouvoir disruptif sur toutes les chaînes de valeurs. On s’adapte bien comme on veut. Mais, est-ce suffisant ? D’après le recensement général des entreprises de 2016, quelque 209 000 entreprises étaient répertoriées au Cameroun dans l’ensemble du microcosme entrepreneurial. La part belle étant, fort opportunément aux PMEs, qui structurent ainsi le tissu économique de notre pays. Des mines, mine de rien, qui sont, pour les puristes cités plus haut, une manne pour le pays, si l’équation de la viabilité de ces entreprises était bien amenée. Face à ce nombre important, un peu plus de 10 000 entreprises ont adhéré depuis 2014 aux Centres de gestions agrées (CGA), pour un nombre total de 14 CGA crées sur l’ensemble du territoire national.

Ainsi donc, la stratégie actuelle, mise en place par les pouvoirs publics, permet-elle de combler le besoin des entreprises restantes ? Illustration parfaite vécue dans la région de l’Adamaoua ne disposant que d’un seul CGA. Ce dernier n’étant d’ailleurs connu des concernés eux-mêmes. Beaucoup tombaient de nues, lors de la dernière caravane que conduisait le ministre des PMEs dans cette région, pourtant riche d’opportunités et capable de booster la croissance du pays. Hier, nous nous étions également félicités des initiatives incitatives, notamment la Banque des PMEs, l’APME, les CFCE, etc., qui nous ont valu d’être classé 163e dans le très convoité « Doing Business ». Une place de choix qui témoignait, en son temps, du climat des affaires avantageux pour notre pays. Pour autant, dans le dernier classement, le pays a perdu quelques marches, régressant ainsi, à quelques encablures, pour ce classé 166e.

L’État seul ne peut donc pas tenir tous ces défis et engagements. Il a besoin des organisations professionnelles et patronales pour lever un cap plus prometteur et plus ambitieux. Cela passe forcément par une implication de ces structures du secteur privée qui font partie de l’écosystème entrepreneurial. Leur implication judicieuse, ferait sans doute un pas de plus vers l’avant. Surtout que ces structures, grâce à leur force de proposition, de captation, et de déploiement, fonctionnent pour la plupart avec des moyens dérisoires. Avec des appuis financiers et une écoute plus prononcée, une bonne stratégie pourrait être mise en place pour des lendemains qui chantent. Car, on n’est pas loin de la coupe aux lèvres.

2019-08-09T18:19:09+00:00